mardi 18 septembre 2012

Les Intouchables , la dernière création de l'Atelier-Théâtr'Action (ATA), un plaidoyer pour une justice congolaise plus équitable, a ouvert la nouvelle saison de son centre culturel le 11 septembre à Kimbanseke.


Bulletin-Théâtre
Mercredi 12 Septembre 2012 à 16:00:00
dbDK10622
(Congo-Kinshassa)

Scène et société : haro contre l'impunité en RDC

Les Intouchables , la dernière création de l'Atelier-Théâtr'Action (ATA), un plaidoyer pour une justice congolaise plus équitable, a ouvert la nouvelle saison de son centre culturel le 11 septembre à Kimbanseke.
Les Intouchables est le fruit d'un atelier de création théâtrale de trois jours et demi sous la houlette des metteurs en scène Max Lebras, Annie Biasi Biasi et Floribert Tawite. Les commentaires des nombreux spectateurs de cette première portent à croire que la pièce est bien apparue à leurs yeux telle une caricature de leur société. Une juste appréciation du jeu des acteurs qui a voulu mettre en exergue le fait que « l'impunité vécu au quotidien est à la base de plusieurs maux dans la société congolaise », a souligné Floribert Tawite.
Le spectacle de restitution de l'atelier d'échange offert au public du voisinage a porté sur trois pièces distinctes, mieux trois expressions différentes avec pour fil conducteur le thème de l'impunité. Près d'une demi-heure, neuf à onze acteurs, selon les pièces, sont intervenus sur la scène de l'ATA. Le public, dans l'espace en chantier, et celui agrippé aux fenêtres en dehors de l'enceinte assistaient à une première du genre. En effet, « Les Intouchables » reste un exemple de « théâtre dans le théâtre », où, comme l'a expliqué Max Lebras, « les comédiens se posent des questions sur les sujets que l'on peut aborder et ceux que l'on ne peut pas ».
Différents niveaux d'impunité
« Et ici c'était en l'occurrence, poursuit-il, la question des Intouchables. C'est qu'il y a différents niveaux ‘‘d'intouchabilité'', d'impunité qui, visiblement préoccupe beaucoup les comédiens de l'ATA. Ils pensent qu'il faut dire non à cette manière de faire les choses qui empêche l'avancement du pays, son développement. C'est une force d'inertie terrible que les gens acceptent souvent par fatalisme ou par peur ou crainte de représailles ». Attitude relevée dans chacune des pièces du tout. Un général outragé par le texte d'une chanson qui ne lui convient pas et décide de faire arrêter l'interprète en était le premier exemple. Le tableau suivant a dénoncé le comportement incestueux d'un père applaudi par son clan qui approuve son forfait. Fautif, il trouve normal d'avoir engrossé sa propre fille et se félicite même de l'avoir initié quand son fils indigné lui en fait le reproche. Loin de réprimer cet acte, le pouvoir ancestral l'encourage. Et, pour finir, les intimidations auxquelles se livre une dame bien introduite dans les hautes sphères, notamment à la présidence et l'ONU viennent compléter le tableau. Ses victimes, dont une femme qui lui reproche l'incarcération de son fils, s'interdisent toute velléité au vu de son carnet d'adresse fourni.
Livré de manière assez subtile, le message des comédiens est passé. Fait sur base d'improvisations, le spectacle demande tout de même à être peaufiné, ajusté, en fonction du public. Créé en un laps de temps aussi court, trois jours et demi, il n'a tout de même pas déplu. On peut du reste trouver des excuses aux artistes quand on sait qu'il a fallu, entre autres, à Max Lebras se mettre au « diapason ». En effet, le metteur en scène belge en était là à sa première expérience de travail en Afrique noire. Sa « première fois de rencontrer des Congolais au Congo », comme il lui a plu de l'indiquer aux Dépêches de Brazzaville. Mais tout de même, il a avoué : « C'était important de mettre au point les bases minimales de travail. Signifier que je ne suis pas venu pour apporter la bonne parole. Je ne viens pas pour apporter un savoir que vous n'auriez pas ».
Un jumelage d'expériences
Admiratif quant au potentiel réel des artistes locaux, Max Lebras a renchérit : « Les comédiens et metteurs en scène d'ici ont une expérience tout aussi importante que la mienne pour certains. Donc, il n'y a pas de raison de demeurer dans cette pensée colonialiste qui stipule que le blanc sait mieux que les autres ». D'où notamment la mise en scène à trois évoquée au début. Au final, l'Atelier d'échange entre l'ATA et le Collectif 1984 de Belgique, troupe spécialisée dans le théâtre action, a porté sur un jumelage de leurs expériences respectives, a expliqué José Bau. Pour le commissaire général de l'ATA, il avait pour objectif l'amélioration de leur rendement sur le terrain. Et il a expliqué : « Nous faisons des pièces à thèmes et eux font du théâtre face à un public de nécessiteux. Offrent des représentations aux prisonniers et enfants de rue, par exemple ». Dans le cas de la pièce Les Intouchables, a-t-il spécifié : « Nous avons tenté d'intégrer leurs techniques vu qu'ils ne jouent pas seulement avec des professionnels mais vont jusqu'à les intéresser à la réalisation. Et les nécessiteux à leur tour délivrent un message aux oppresseurs ».
Nioni Masela
Photo : Un extrait de la création « Les Intouchables »

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